A table
Le chef Rodolphe Despagne a imaginé pour Le Christine une partition raffinée de saveurs, à découvrir dans la jolie salle au décor chic et feutré du restaurant, sous la houlette du directeur de salle Thibaut Anger, souriant et compétent. À l’heure du déjeuner, la maison propose un menu en trois temps (45€), tandis qu’au dîner, les parcours de dégustation sont plus riches, en cinq ou sept temps (75€ ou 95€), déclinables en version végétale.
Dès les mises-en-bouche, on perçoit immédiatement la précision et la complexité des créations du chef. Parmi elles, une minuscule bouchée au topinambour, légère et croustillante, où la douceur de la racine rencontre le goût terrien de la poudre de champignon. On découvre également une tartelette au kimchi et foie de volaille, deux saveurs explosives, agréablement adoucies par la touche aromatique apportée par une petite feuille de sauge fraîche. En entrée, c’est l’un des assiettes signature du chef qui retient notre attention, un plat sophistiqué où la mer et la terre s’unissent dans un équilibre parfait de saveurs et textures : des moules fumées de Galice, bien charnues, baignées dans une émulsion iodée rehaussée par une pâte de citron confit. Elles sont accompagnées de salicornes sautées au beurre noisette et d’éclats de noisettes du Piémont.
Les saveurs de la mer sont également mises à l’honneur dans le premier plat, où la délicatesse des langoustines snackées s’allie à des ingrédients "paysans" tels que le sarrasin soufflé et la purée de chou-fleur. Si des lamelles fines de kumquat apportent une touche agrumée, une bisque réduite enveloppe le tout d’une rondeur intense. Ensuite, place à la terre : un carré de porc ibérique agréablement rosé, accompagné de broccoletti grillés à la saveur amère, d’un sabayon béarnaise à l’huile d’estragon et d’un jus vierge.
Nous sommes agréablement surpris par les desserts, eux aussi signés par le chef, qui nous avoue avoir conservé une certaine passion pour le sucré, qu’il exprime également dans la réalisation de petites brioches gourmandes qui accompagnent ses plats. Notre dessert préféré : un baba à la Chartreuse, recouvert de fines lamelles de poire acidulée et servi avec une glace à la crème crue, au cœur gelé de Verjus. Un dessert surprenant par son équilibre subtil entre acidité et douceur.
Pour ceux qui souhaitent prolonger l’expérience, l’accord mets et vins, élaboré avec soin et guidé par Erwan Mevel, ancien restaurateur aujourd’hui sommelier explorateur, offre une intéressante perspective sur la cuisine créative et raffinée du chef.