Salle du George. Crédit : Grégoire Gardette.
Justement, pourquoi avoir privilégié une carrière internationale plutôt qu'un parcours dans votre pays natal, l'Italie ?
Quand j'avais 18 ans, je travaillais du côté du Lac de Garde en Italie. L'été, la majorité des clients étaient étrangers et j'avais une grosse lacune : je ne parlais pas anglais. Alors j'ai décidé d'aller au Royaume-Uni. Je voulais y passer maximum deux ans et finalement, j'y suis resté 10 ans. En arrivant, je n'étais personne, j'ai commencé à travailler à la plonge dans le restaurant de Gordon Ramsay mais j'ai senti que c'était un endroit où je pouvais m'épanouir et évoluer, alors je me suis accroché au train. Je faisais 90 heures par semaines mais j'ai beaucoup appris auprès de lui et 7 ans plus tard, j'étais devenu le chef de son 3 étoiles. Alors quand il m'a proposé de venir au Trianon, à Versailles, j'ai évidemment accepté.
Revenir un jour en Italie fait-il partie de vos projets ?
J'y retourne au moins deux fois par an pour les vacances. C'est un pays que j'adore, où j'ai toute ma famille, mais maintenant je suis habitué à travailler dans les grandes villes. Je ne me vois pas retourner chez moi, où les affaires ne marchent qu'en été. Disons qu'à Paris, j'ai trouvé le bon compromis entre Londres, une ville hyper speed et qui te consomme, et l'Italie, encore un peu fermée en terme de gastronomie. Ici, j'ai une très belle qualité de vie donc je ne m'imagine pas bouger pour le moment.
Quelle saveur/quel plat a le plus marqué votre enfance ?
J'ai grandi dans une ferme où l'on ne se demandait pas ce qu'était le bio, car tout l'était ! Mon enfance a été marquée par toutes ces bêtes qu'on avait à la maison : des lapins, des poules, des cochons, des vaches... L'un de mes plus beaux souvenirs ce sont les dimanches où toute ma famille se réunissait autour d'un bon repas. Quand t'es petit, tu trouves ça chiant ! Mais avec le recul, tu te dis « quel bonheur ! ». Et je me souviens qu'à l'époque, ma grand-mère me demandait de l'aider à faire ses fameux tortellini au beurre de sauge et au parmesan. Un délice !
Je me souviens aussi de tous ces étés passés avec mon grand-père. Entre 4 et 7 ans, je partais un mois par an avec lui dans les montagnes pour emmener ses bêtes. Je les sortais, on allait chercher des champignons, on faisait du fromage avec le lait. Je m'éclatais comme un dingue ! C'était vraiment des super moments !
Votre histoire familiale a donc contribué à votre envie de devenir chef ?
Tout à fait. Vous savez pour moi, un chef c'est comme un bon vin. Quand il est jeune, il est « agressif », un peu compliqué, mais en vieillissant, il s'arrondit. C'est exactement ce que j'ai fait. Plus j'avance et plus je reviens aux souvenirs de mon enfance. Ces petits parfums, ces souvenirs cachés reviennent peu à peu et je me dirige vers des choses plus simples mais très fines. Quand il y a une histoire derrière, le plat prend une autre dimension !